Ceux qui sont restés se sont racontés (Sud Ouest, le 18/11/09)

Publié le par Enache


MA CAMPAGNE. Demain soir sera diffusé le deuxième volet du film « La parole en chantier » réalisé par Nicolas Habas pendant l'ORU.


 Ils s'expriment sur fond noir, un éclairage visiblement travaillé ajoute à l'atmosphère intimiste, presque recueillie de l'instant.

 

Michèle s'exprime, se raconte. Raconte comment elle a vécu l'ORU, l'Opération de renouvellement urbain de son quartier de Ma Campagne.

Un quartier angoumoisin qu'elle habite depuis le début des années 70. « On a vu les échafaudages installés pour construire les immeubles au début. Maintenant, on en voit d'autres pour les démolir ! »

Nicolas Habas, Claude Rapp et Jean-Claude Ménard.

(photo de Tadeusz Kluba)


Le traumatisme n'est pas encore palpable. Petit à petit, Michèle se met à l'aise, se livre. Raconte les événements comme cette journée où on lui a dit qu'elle allait partir, devoir faire ses cartons, investir un nouveau lieu qu'elle n'a visiblement pas choisi. Un lieu de l'autre côté du pont du Vercors qui est évoqué comme une vraie frontière. « Mais on a continué à me voir dans le quartier, au centre social. Quand on ne m'y verra plus, il faudra s'inquiéter. »

 

La démolition des 850 :

 

Pour être déplacée, Michèle a fait ses cartons, remué ses affaires, découvert des trésors oubliés. Le passé lui est revenu en pleine figure comme un boomerang. Elle le dit sans élever le ton, sans en changer même. Juste avec son coeur. Elle laisse entrevoir une souffrance certaine.

 

C'est ce que Nicolas Habas a voulu saisir dans le deuxième volet de « La parole en chantier », un film réalisé pendant la démolition des 850. Il a laissé la cabane de chantier qui était allée, dans la première phase de tournage, à la rencontre des habitants concernés par l'ORU. Là, il a préféré l'intimité du centre social. Il a laissé l'entière parole et le silence aussi aux habitants qui sont restés dans le quartier pendant ces travaux. Cent quarante personnes s'étaient exprimées dans la première partie, 30 à 40 sont venues cette fois pour livrer autant de témoignages souvent poignants.

 

« Pendant l'ORU, on appuie là où ça fait mal », commente le réalisateur. Avec Jean-Claude Ménard et toute l'équipe du centre social, ils ont essayé d'accompagner au mieux ce bouleversement urbain en permettant, justement, aux habitants de s'exprimer.

 

Ce deuxième volet sera diffusé à la MJC Louis-Aragon ce jeudi à 19 heures. Restera, pour boucler la boucle, à réaliser le troisième, l'après ORU.

 

Auteur : Catherine Dowmont ( Sud Ouest du 18/11/09)


 

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