Ceux qu'elle craignait de croiser lui manquent aujourd'hui... (la Charente Libre le 21/11/09)

Publié le par Enache


Parler de Ma Campagne avec ses voisins d'immeuble, c'est comme parler de politique pendant un repas de famille: la discussion s'enflamme immédiatement entre des personnes qui s'aiment autant qu'elles s'engueulent.

 

 

 

 

 

 

 





Le débat a été animé jeudi soir à Ma Campagne après la diffusion du film sur «ceux qui sont restés» dans le quartier pendant les travaux de l'Oru (photos de Marc Balutaud).

 

Parce que Ma Campagne, c'est plus que leur vie, c'est leur identité. Le quartier est leur enfant non désiré. Au départ, ils n'ont pas d'autre choix que de cohabiter, et d'entretenir des relations difficiles. Mais ils finissent par s'y attacher. Et l'aimer malgré tout. Avec autant de façons différentes qu'il y a d'habitants, de cultures. D'ethnies, aussi. «Ce quartier s'est construit grâce à sa solidarité», lance Bernadette pour tenter de calmer les débats.

 

Parce qu'après la diffusion de «Ceux qui sont restés», le documentaire de Nicolas Habas sur les conséquences de l'Oru (Opération de renouvellement urbain) donnant la parole à des anciens du quartier, la passion s'est invitée dans l'assemblée. Deux ans après le tournage, chacun est toujours à fleur de peau. Un mot du documentaire pris de travers par Aïssa sur le fait qu'il n'y ait «pas un chat» en bas de son nouveau logement, et Micheline est taxée implicitement de racisme. «Dis-le, ce que tu voulais dire en parlant de chat!»

 

Micheline, qui est arrivée au «40» en 1976, tente de s'expliquer, mais une réaction fuse dans l'assemblée. «On est en train de parler du racisme, et pas du quartier.» Ce racisme ressenti ou réel, mais toujours très prégnant. Pendant de longues minutes, le réalisateur, lui aussi pris à partie pour ses choix de témoignages, tente avec difficulté de s'expliquer. Avant que l'intervention d'une jeune fille sur les fameux «chats» ne balaie le quiproquo.

 

«Moi, j'ai compris que Micheline était contente de promener sa chienne en bas de son nouveau logement, mais qu'en même temps, elle se sentait plus isolée qu'avant.» Nicolas Habas rebondit: «Voilà, c'est ça que Micheline exprimait: les gens qu'elle craignait de croiser en bas de chez elle lui manquent aujourd'hui !». Applaudissements. Ils se sont enfin compris. Autour d'un verre de l'amitié, le dialogue peut se poursuivre. Comme dans une famille où on se connaît peu, et que l'Oru a éloignée. Mais qui est contente de partager ses souvenirs même douloureux.


Auteur : Maurice Bontinck (Charente Libre du 21/11/09)


Pour voir plus de photos de l'avant première, cliquez sur l'album "Marc Balutaud" dans la colonne de droite.


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dissertation 07/01/2010 10:43


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